PAROLE D'INVESTISSEUR.SES : JERÔME SADDIER

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Jérôme SADDIER, 55 ans, a exercé différentes responsabilités de direction dans le mouvement mutualiste et l'ESS depuis une quinzaine d'années, ainsi que dans des institutions publiques locales, nationales et internationales depuis plus de 25 ans.

Après avoir présidé l’AVISE et ESS France, il est Président du Crédit Coopératif depuis 2021 et de Coop FR, l’organisation représentative des coopératives depuis 2023. En 2022, il publie son essai « Pour une économie de la réconciliation : faire de l’ESS la norme de l’économie de demain ». 



Villages Vivants : Bonjour Jérôme Saddier ! Pour commencer, j'aimerais savoir pourquoi vous avez choisi d'investir chez Villages Vivants, quel a été le déclic et l'histoire derrière le passage à l'acte ?

Jérôme SADDIER : Je sais que beaucoup de structures de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS) ont quelques difficultés à lever les fonds nécessaires au développement de leurs activités. Je ne pense pas que les particuliers peuvent totalement se substituer aux organismes de financement de l'ESS, mais quand ils peuvent contribuer, je pense que c’est très utile de le faire pour conserver la dimension humaine des projets. 

Par ailleurs, sur le montage de la coopérative Villages Vivants en tant que tel, il m’a semblé que le modèle était intéressant, considérant mon propre attachement aux questions de la ruralité. J'ai été pendant 3 ans président de Bouge ton Coq, qui agit aussi pour une ruralité vivante. Donc ça me semble assez naturel d'appuyer ce type d'initiative, à titre personnel également. Au niveau professionnel, je vois bien comment nos beaux chefs-lieux de canton, nos petites villes, sont en train de péricliter. Et il n'y a pas qu'une seule chose à faire, il y a plein de choses. Et Villages Vivants est une solution parmi d'autres pour essayer de les réactiver.

 

VV : En tant que président du groupe Crédit Coopératif et plus largement engagé dans le mouvement coopératif, mutualiste, et de l’ESS, en quoi le projet de Villages vivants résonne particulièrement avec votre parcours et votre engagement ?

JS : Je crois fondamentalement au développement des coopératives. Mais quand on dit qu’il faut développer l'ESS, on n'illustre pas toujours concrètement les choses. Donc il faut à la fois : 

  • illustrer des nouveaux objets : Villages Vivants incarne cette possibilité d'investir dans un nouvel objet
  • et illustrer de nouvelles formes : le montage juridique via la SCIC est par ailleurs assez unique. Je suis persuadé que la SCIC est un modèle fondamental pour le développement de l'ESS, peut-être plus que certaines formes conventionnelles ou classiques dans l'histoire de l'ESS. 

 

VV : Une question qui peut faire écho à d'autres projets que vous avez soutenus ou investis : pourquoi selon vous est-ce important de faire grandir, et comment faire grandir la communauté de Villages vivants ?

JS : C'est important parce que les enjeux sont énormes. Et ça pose la question du changement d'échelle. 

Pour avoir été président de l'AVISE dont c'était l'un des thèmes favoris, je ne suis pas un fanatique du changement d'échelle à tout prix. Je pense que c'est mieux d'avoir 10 structures qui font la même chose qu'une seule qui essaie d’absorber les autres. Se pose quand même la question de savoir jusqu'où Villages Vivants doit se développer, sur tout le territoire, en termes de nombre de structures, de villages dans lesquels Villages Vivants doit être présent…

Je pense qu'il y aura un sujet dans les années qui viennent. 

 

VV : Et concernant la base de sociétaires, d'investisseur·ses ? Aujourd’hui, nous sommes 1 000 investisseur·ses, sociétaires et porteur·ses de titres.

JS : Il faut l'élargir encore. Ce n'est pas suffisant pour faire des choses, à l'échelle nationale en tout cas. Cela me convient bien le sud-est, parce que c'est la région de mes origines. Mais peut-être qu'il faudrait l'élargir à un moment.

 

VV : Ce n’est pas en projet, mais effectivement, c'est une question souvent abordée. A votre avis, quel est le rôle de l'immobilier solidaire dans la revitalisation des territoires, au niveau économique, social, écologique ?

JS : Ce rôle est fondamental. Les collectivités, notamment les mairies, n'ont pas toujours les moyens financiers, et même parfois juridiques, pour reprendre le foncier. Un foncier qui parfois ne trouve pas d'acheteurs ou bien des transmissions patrimoniales qui ne se font pas. Donc il faut une palette d'outils aussi diversifiés que possible pour favoriser le dynamisme foncier dans les petites villes, les villages et les gros bourgs. Et Villages Vivants, par l'originalité de sa démarche est l'une des réponses. Mais il faut embarquer des acteurs pour contribuer à la démarche. Et je pense que les collectivités ne peuvent pas tout faire toutes seules.

 

VV : J'avais deux questions qui sont un peu plus pour rêver, on va dire : est-ce que vous avez un lieu que vous rêveriez de voir revivre grâce à Village Vivant ?

JS : Il y a une petite ville de la Nièvre à laquelle je tiens beaucoup. Il y a 4 700 habitants, c'est une ville qui est frappée des mêmes maux que des centaines d'autres. Il y a eu une perte de la petite industrie. 

Pour moi, la ruralité, ce n'est pas spécifiquement un sujet d'agriculture. C’est un problème de perte de la petite industrie. Celle qui partait d’une base artisanale avec des commerçants, des services publics, des infrastructures de transport, de soins, etc. Et cette perte-là contribue à cette situation de relatif abandon, car le travail n'est plus là. Il y a également la métropolisation assumée de notre territoire qui aspire les emplois. 

Pour revenir à cette petite ville, il s’agit de la Charité-sur-Loire, que j'aimerais voir revivre, il y a notamment des problématiques foncières. C'est une très jolie petite ville avec un patrimoine médiéval, mais avec des maisons qui sont difficiles à retaper.

Je suis investi dans un lieu qui s'appelle le Bazar café, qui a dû fermer pour travaux. Le lieu a été racheté par un investisseur public, et il y en a pour un an de travaux, mais ça fait trois ans qu'on en parle. La volonté commence donc à s’émousser un peu…

 

VV : A quoi ressemble votre village idéal ?

JS : Je tiens à l'idée que les gens ont le droit de choisir l'endroit où ils veulent vivre. Et ce n'est pas parce qu'ils choisissent de vivre à cet endroit qu'ils doivent être pénalisés par ce choix, même si on ne peut pas vivre de la même façon dans un village qu'au cœur d'une grande ville. C'est évident que la mobilité conditionne l'accès à des services, à l'emploi, etc. 

Mais ce à quoi je tiens, c'est que le village de demain ne soit pas un lieu de relégation. Aujourd'hui, il y a des villages où les gens habitent par choix, et d’autres non. Et il y a aussi ceux qui n'ont pas le choix parce qu'ils ont hérité de leurs parents, et que ça coûte moins cher d'habiter là, mais du coup ils subissent la mobilité nécessaire pour aller bosser. Donc pour moi le village de demain doit s'attacher à réduire l'inconvénient qu'il y a à être éloigné. 

J'espère aussi qu'on va renouer avec un mode de développement qui sera plus équilibré entre les métropoles et le reste du territoire. Je souhaite qu'il y ait le maximum d'activités, un village où l’on peut avoir accès à l'essentiel, pas forcément au superflu, mais à l'essentiel. 

 

VV : J'ai une dernière question, est-ce que vous pouvez me résumer en une phrase ou quelques mots ce qu'est Village Vivant pour vous ?

JS : Villages Vivants, c'est l'envie d'agir pour une cause qui n'était pas aussi naturelle que ça il y a quelques années. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que le mouvement en faveur de la reconquête de la ruralité existe. Et c'est impossible de le faire seul. La forme coopérative s'est imposée, à mon avis, tant vis-à-vis de l'objet que des modalités pour relever ce défi.

 

VV : Merci Jérôme et à bientôt.

 

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Photo de couv LK